Nouvel élément dans la saga du nucléaire belge révélé dans un article du journal le Soir. Et cette fois-ci, c’est un élément qui risquerait  de conduire à la non prolongation de Doel 1 et Doel 2 (D1-D2). Mais pourquoi donc ? Voici le raisonnement en trois points … et avec un « point mystère » en bonus à la fin du texte.

  1. Les centrales de D1-D2 ne respectent pas les nouvelles recommandations de sureté en matière sismique émises par la Wenra, l’association des régulateurs nucléaires européens. Ces recommandations ont été émises en septembre 2014 et devraient être transposées en législation belge avant la fin 2017. Donc, il serait normal que D1-D2 doivent respecter cette nouvelle législation.
  2. Dans l’enveloppe des 700 millions d’euros prévue pour la prolongation de D1-D2, aucun poste de dépense n’est consacré à la réalisation des travaux qui seraient nécessaires pour permettre à D1-D2 de respecter ces nouvelles recommandations de la Wenra.  Or, des centaines de millions d’euros devraient être nécessaires pour pouvoir respecter ces nouvelles normes sismiques. Cela ferait  grimper  le coût  des travaux liés à la prolongation de  D1-D2 à plus d’un milliard d’euros. La réalisation de ces travaux pourrait également conduire à des phases d’arrêt plus longues pour D1-D2, ce qui inévitablement s’accompagnerait d’une perte de revenus.
  3. Déjà sans ces travaux additionnels, Electrabel ne gagnait plus d’argent avec D1-D2. Il leur fallait au moins un prix de l’électricité supérieur à 35 euros/MWh sur les  marchés de gros pour en gagner, or il est à moins de 30 euros/MWh pour l’instant. La seule raison pour laquelle Electrabel  n’a pas encore fermé D1-D2 est la suivante:  la compagnie fait le pari que les prix de l’électricité sur les marchés de gros remonteront de manière significative dans quelques années, et que D1-D2 seront  prolongés après 2025. Mais si l’enveloppe financière pour la prolongation de D1-D2 devenait  trop conséquente, il est probable qu’un tel pari devienne bien trop risqué pour Electrabel.  L’énergéticien fermera alors  D1-D2. L’Etat belge pourrait toujours  diminuer le montant de la rente nucléaire qu’Electrabel doit lui verser, afin de l’inciter à ne pas fermer D1-D2, mais ce serait politiquement très difficile à faire. On note au passage que cette rente est, avec les prix tellement bas observés sur les marchés de gros, intenable pour Electrabel.

Le point mystère : Mais comment se fait-il qu’Electrabel n’ait rien prévu dans son enveloppe de 700 millions d’euros pour  « la mise en conformité de D1-D2 en matière de normes sismiques » ? La faute incombe très clairement à l’AFCN, le gendarme nucléaire belge, qui aurait  dû  demander à Electrabel de le faire, à moins bien entendu que l’AFCN ne trouve que certaines des normes en matière de sécurité émises par la Wenra puissent être considérées comme… futiles. Mon opinion sur cette question est simple :  l’AFCN se doute que contraindre D1-D2 à devoir suivre ces nouvelles normes sismiques risquerait fortement de conduire à la fermeture définitive de ces deux réacteurs… et elle ne doit sans doute pas être très enthousiaste à cette idée. L’AFCN ne sortirait-elle pas de son rôle là ?

 

Et voici pour terminer deux autres éléments d’information:

1. La réponse d’Electrabel suite à l’article du Soir

2. Une image qui montre l’évolution des prix sur les marchés de gros au cours de ces derniers jours. Comme vous pouvez le voir, ils sont pour  la  majorité du temps en dessous de 30 euros/MWh, et cela prix-grosdans un contexte où (i)  il fait froid (donc de forte consommation) (ii) Tihange 1 ne tourne pas (iii) le PV produit peu d’énergie. Les prix devraient être à mon avis en dessous de 25 euros/MWh d’ici quelques semaines/mois, lorsque les points (i-iii) ne seront plus d’application. Vous pouvez consulter les prix sur le marché  day-ahead sur le site de Belpex.

 

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